Quels sont les obstacles à la pratique de l’autopartage ?

16/07/2025

L’autopartage n’est pas encore accessible à tous aujourd’hui. Les personnes en situation de vulnérabilité, en particulier, font face à de nombreux obstacles, financiers ou autres. Cela ressort clairement de la note sur la tarification sociale, établie dans le cadre du Green Deal Inclusive Carsharing, à Bruxelles. C’est aussi ce que révèlent nos propres expériences de proximité à Gand.

On distingue 7 types d’obstacles. Les obstacles financiers et la fracture numérique sont de loin les plus importants. Ils occupent les premières places de la liste. Les autres sont classés de manière aléatoire.

1. Obstacles financiers

Rouler en voiture coûte de l’argent

Partager une voiture revient moins cher que d’en posséder une, en cas d’usage occasionnel. Les coûts augmentent par contre rapidement pour les personnes qui ont très souvent besoin d’une voiture. D’autre part : rouler en voiture coûte de l’argent. C’est un fait… L’autopartage n’est donc pas une option pour les personnes sans marge financière.

Garantie et abonnement mensuel

De nombreux systèmes entraînent des coûts supplémentaires, qui viennent s’ajouter à ceux liés à l’utilisation :

  • des frais d’enregistrement : uniques ou annuels ;
  • une garantie ;
  • un abonnement mensuel…

Pour les personnes en médiation de dette, la permission du médiateur de la dette est même requise pour un abonnement.

Crainte des coûts imprévus

La crainte des coûts cachés et des frais supplémentaires en cas d’accident ou de sinistre freine les gens. Il n’est pas non plus toujours facile d’estimer le coût d’un trajet déterminé.

Mode de paiement

La plupart des fournisseurs acceptent une simple carte de débit, mais certains exigent une carte de crédit. Tout le monde n’en a pas. Heureusement, les nouvelles cartes de débit ont souvent aussi une fonction Mastercard, ce qui permet de surmonter cet obstacle.

Certains systèmes n’envoient pas de facture chaque mois mais chaque trimestre. Cela a pour conséquence que les utilisateurs doivent parfois subitement payer un montant plus important.

2. Compétences numériques et autres

Numérisation 

L’autopartage impose de télécharger des applications, de scanner des documents et des codes QR, et parfois d’interagir avec des chatbots. Seuls Cambio et Cozywheels proposent encore un service à la clientèle par voie téléphonique.

Certaines personnes résistent aussi fortement à la numérisation de notre société. Elles ne sont pas toujours prêtes à utiliser le smartphone pour tout, même si elles savent s’en servir.

Barrière linguistique

Les applications et le service sont disponibles en néerlandais, en français ou en anglais. Les autres langues ne sont pas prises en charge.

Compétences en matière de planification

L’autopartage requiert une capacité d’anticipation et une certaine prévisibilité de la vie. Les systèmes avec réservations impliquent d’estimer correctement l’heure à laquelle l’utilisation prendra fin. Si vous ramenez la voiture trop tard, vous risquez une amende. Si vous constatez que votre réservation est trop juste, vous pouvez la prolonger dans l’application, mais cela implique une nouvelle action de votre part.

L’aspect planification va parfois de pair avec la culture : toutes les cultures ne sont pas aussi planificatrices que notre culture occidentale.

Compétences administratives

Certains systèmes requièrent plus de compétences administratives que d’autres : dans les systèmes entre particuliers, vous devez relever votre kilométrage et l’enregistrer. Lorsque vous faites le plein, vous devez demander votre ticket et l’enregistrer.

3. Obstacles juridiques

Permis de conduire

Cela semble une évidence, mais il faut un permis de conduire valide pour recourir à l’autopartage. À Bruxelles, cela signifie un permis de conduire belge ou européen. Si vous êtes titulaire d’un permis de conduire délivré dans un pays en dehors de l’UE, vous pouvez l’échanger contre un permis de conduire belge, à certaines conditions.

Pierre d’achoppement supplémentaire : bien qu’ils soient valides, les permis de conduire en papier posent souvent problème en cas d’enregistrement en ligne. Le contrôle automatique mis en place par les systèmes d’autopartage ne reconnaît pas toujours ces documents.

Jeunes conducteurs

Il n’est pas partout possible d’apprendre à conduire au volant d’une voiture partagée. Les conducteurs de moins de 25 ans ou ayant passé leur permis depuis moins de 2 ans ne peuvent s’adresser à tous les fournisseurs, ou bien ils paient plus cher.

Carte d’identité ou passeport

Il est obligatoire de disposer d’une carte d’identité ou d’un passeport en cours de validité. Les cartes de séjour peuvent être une source de problèmes lors de l’enregistrement. Certains systèmes imposent également que vous soyez domicilié en Belgique.

4. Obstacles psychologiques

Stress causé par des voitures inconnues

Marques et modèles différents, changement de vitesse manuel ou automatique, essence ou électrique … Il peut être stressant d’utiliser constamment une autre voiture.

Crainte de perdre sa liberté

Les propriétaires d’une voiture peuvent avoir peur de renoncer partiellement à leur mobilité. Que faire si aucune voiture partagée n’est disponible quand ils en ont besoin ? Cela inquiète aussi les personnes qui envisagent de partager leur voiture.

Crainte de partager sa propre voiture

Les personnes qui envisagent de partager leur voiture redoutent que les utilisateurs n’en prennent pas bien soin. Et s’ils roulent trop vite, causent des accidents, fument dans la voiture ou salissent celle-ci ?

Crainte du trafic

Conduire peut être stressant lorsque le trafic est dense, surtout pour ceux qui ne sont pas (plus) habitués à conduire.

Méfiance générale

  • Comment les données à caractère personnel sont-elles traitées ?
  • Des voitures sont-elles toujours disponibles ? Et sont-elles assez grandes, par exemple pour les familles ?
  • Et si le fournisseur disparait subitement ?

« Ça ne me convient pas »

Lors des entretiens sur la mobilité, on entend souvent des phrases comme « c’est pour les jeunes » ou « c’est pour ceux qui s’y connaissent en informatique ». Même si les gens connaissent le système, ils ne s’y retrouvent pas.

Crainte des conflits avec d’autres personnes

Certains ne sont pas à l’aise d’utiliser les voitures des autres. Que se passe-t-il si vous quittez le groupe d’autopartage ? Que faire en cas de conflit avec le propriétaire ou un autre utilisateur ? Ces personnes préfèrent un système plus anonyme.

5. Manque de connaissance et de proximité

Ignorance

Nombre de personnes ne savent tout simplement pas ce qu’est l’autopartage. Sans même parler de la manière dont ce système fonctionne, de son coût ou de ses avantages.

Pas de voiture partagée à proximité

S’il n’y a pas d’offre à quelques minutes de marche, l’autopartage n’est plus une option.

Aucun autopartageur dans son cercle

La confiance grandit lorsque des personnes dans votre entourage font part d’expériences positives. Sans cette « preuve sociale », l’autopartage demeure une abstraction.

6. Facteurs culturels et sociaux

Posséder une voiture comme symbole de statut 

Pour bon nombre de personnes, la voiture est un symbole de statut. C’est parfois lié à des différences culturelles, mais cela a aussi à voir avec l’idée d’autodétermination et d’émancipation.

La voiture comme extension de la maison

Pour certains, la voiture est une chambre supplémentaire. C’est un endroit personnel, où ils peuvent laisser leurs affaires et se sentir chez eux. Cela complique le passage à l’autopartage.

La voiture comme refuge 

Pour les personnes victimes de discrimination, de violence homophobe et/ou raciste, leur voiture peut être un refuge.

Partage informel

Pas moins de 37 % des propriétaires de voitures prêtent parfois leur véhicule à des amis ou à leur famille. Il n’est pas naturel de demander soudain de l’argent en contrepartie, s’ils deviennent membres d’un système d’autopartage entre particuliers.

Respecter des accords rigoureux.

Les utilisateurs de voitures partagées doivent respecter des accords rigoureux. Tout le monde n’en est pas capable ou ne le veut pas. Vous n’êtes ainsi pas autorisé à fumer à bord ni à embarquer des animaux de compagnie. Le fournisseur peut vous infliger une amende si vous le faites.

7. Obstacles pratiques

Familles avec des enfants

On trouve relativement peu de grandes voitures dans le parc de voitures partagées La plupart des voitures partagées n’ont pas non plus de sièges pour enfants. Ceux-ci prennent beaucoup de place à la maison, et c’est compliqué de les transporter jusqu’à la voiture partagée. Qui s’occupe des enfants pendant l’installation des sièges ? Tout cela est encore plus complexe pour les familles monoparentales.

Personnes avec des animaux de compagnie

Dans les systèmes de partage entre particuliers, et exclusivement dans ceux-ci, vous êtes autorisé à embarquer des animaux de compagnie, si le propriétaire le permet. Malheureusement, il n’y a pas toujours de voitures partagées entre particuliers à proximité. C’est également un obstacle si vous devez passer l’aspirateur dans la voiture après chaque trajet.

Manque d’assistance

Les personnes en situation de vulnérabilité ont souvent besoin de conseils et d’encadrement personnels. Cela demande du temps et une bonne coopération entre les différents acteurs et éventuellement des bénévoles. Simultanément, de nombreux travailleurs de première ligne ne sont pas assez familiarisés avec l’autopartage ou sont même opposés à ce concept.

Personnes à mobilité réduite

Les personnes âgées ont des besoins spécifiques, comme un plancher abaissé et un plus grand coffre, pour prendre leur rollator avec elles. Difficile aussi d’aller chercher la voiture : ceux qui ont du mal à marcher ont vraiment besoin d’une voiture devant leur porte.

Les personnes handicapées ont besoin d’une voiture adaptée. Celles-ci sont moins disponibles et plus chères. Ces personnes doivent aussi trouver un chauffeur, si elles ne peuvent pas conduire elles-mêmes.

Personnes dispensatrices de soins

Certaines personnes dispensent des soins, que ce soit professionnellement ou en tant qu’intervenant de proximité. Il est important pour elles de pouvoir sauter à tout moment dans la voiture. Elles n’ont pas le temps de chercher un véhicule et ne peuvent pas non plus planifier leurs interventions.

Une voiture de fonction

Point essentiel passé sous silence : les bénéficiaires d’une voiture de fonction ne sont pas enclins à faire de l’autopartage. Avoir une voiture de fonction est facile et l’employeur assume les coûts. C’est donc une concurrence déloyale pour la voiture partagée.

Conclusion : qu’est-ce que cela implique pour les autorités locales ?

Tous ces obstacles s’accumulent. Pour bon nombre de personnes, il n’est pas facile de se mettre à l’autopartage :

  • les sans-papiers ;
  • les personnes sans permis de conduire valide ;
  • certains touristes et expatriés ;
  • les personnes aux ressources financières limitées ;
  • les personnes aux compétences numériques limitées ;
  • les personnes requérant des aménagements spécifiques : sièges pour enfants, plus grand coffre, plancher abaissé, etc. ;
  • les personnes bénéficiant d’une voiture de fonction.

La confiance est cruciale. Les gens ne se mettront à l’autopartage que s’ils font confiance au système et s’ils se croient capables de devenir des utilisateurs.

Vous voulez que l’autopartage devienne véritablement accessible ? Dans ce cas, vous ne pouvez vous limiter à étendre l’offre. Vous devez éliminer ces obstacles, un par un, afin que tout le monde puisse recourir à la mobilité partagée.

Comment un tarif social pour l’autopartage pourrait-il se présenter ?

Comment un tarif social pour l’autopartage pourrait-il se présenter ?
Telle était la question principale du groupe de travail sur la tarification sociale dans le cadre du Green Deal Inclusive Carsharing. Les participants (institutions publiques, organisations du secteur social et opérateurs d’autopartage) ont surtout conclu que la barrière financière n’était qu’un des nombreux obstacles empêchant de nombreux Bruxellois de se lancer dans l’autopartage.

Pour surmonter cet obstacle financier, quelques pistes concrètes sont énumérées dans cette note exploratoire. Celles-ci pourront aider les décideurs politiques à faire des choix politiques et à définir une orientation en matière de tarification sociale.